The Cesarians

francais

Quand Vince Taylor, armé de chaînes, et ses Peroxide Playboys ont gagné le cœur des rockers français dans les années 60, il a établi les règles que les artistes anglais devaient suivre pour gagner le respect de leur public. Enfin un groupe arrive presque à respecter la promesse faite par le messie lépreux, et ce groupe, c'est The Cesarians.



"Ici l’esprit du rock se drape d’un long manteau noir. Il navigue dans les bas fonds de la ville, se jette dans les bras de la nuit et de ces clubs enfumés. L’alcool coule encore même s’il n’a plus de prise depuis bien longtemps et The Cesarians en est le nouvel ange noir. Ou tout du moins Charlie Finke, le chanteur, l’ange de la désolation qui souffre, s’envole et plane au-dessus de ce projet dont il est le créateur. Son groupe et sa musique sentent les nuits sans sommeil, l’alcool et le reste. Finke entraîne ces Cesarians dans des cabarets, au cœur de marches aussi nocturnes qu’héroïques, là où le trombone de Suzi Stampella, la clarinette de Alison Beckett, la batterie de Jan Noble et le piano de Justine Armatage se perdent dans les volutes de fumée, s’entremêlent pour donner vie à un rock singulier emprunt de ces ambiances de cabaret du Berlin des 30’s. Cette musique ne renierait pas un Jacques Brel, ou plus proche de nous les Dresden Dolls ou un Nick Cave et son Birthday Party. Elle convoque le lyrisme et le romantisme noir à son comptoir. L’expressionnisme allemand aussi - avec des références au musicien Kurt Weill - et la musique Klezmer y sont invités. On pourrait alors penser que le groupe se vautre dans un rock un rien arty. Mais non, il n’en est rien. Nulle intellectualisation surannée du groupe n’est à déplorer. Bien au contraire ! C’est l’intensité qui vous lie en premier à cette musique. De celles qui peuvent vous mener au chaos et à la décadence. De celles dont Kerouac se faisait le chantre à travers ces écrits.

Avec The Cesarians c’est bien de rock dont il est question. De rock mais aussi de chanson. Notamment avec le premier morceau Flesh is grass où la clarinette et le piano se taille la part du lion pour une ambiance un rien mélancolique. Woman repose lui sur une architecture plus primaire, plus rock, à la rythmique bien plus marquée, à même de vous faire bouger comme ces vieux blues imparables. Et au delà de la qualité de composition de ces deux morceaux, c’est bien la voix de Finke qui marque les esprits. Charismatique, un rien rauque et rageuse, elle déclame des textes comme on prêche. Avec une force et une concision qui inspire le respect.

Il m’est donc avis que vous devriez tenter la marche avec ces clochards célestes à partir du 28 janvier date à laquelle ce premier single sort. En attendant un album dont on vous reparlera sans coup férir"

 

"Quelqu’un se souvient de Penthouse ? Penthouse (un get up à suivre, un jour, c’est promis) faisait partie de la poignée de groupes anglais dont la musique était dangereuse dans les 90’s. On ne pouvait pas lire une ligne sur eux sans tomber sur une référence – justifiée et méritée – à The Jesus Lizard. Ces mecs étaient bons et leur chanteur, Charlie Finke, particulièrement excellent.


Le voilà de retour, maintenant à la tête des Cesarians. Si effectivement je suis arrivé à désembrouiller les explications de leur bio, ça doit donner un truc comme ça : The Cesarians réinterprètent le rock’n’roll comme s’il était né en Europe dans les années 30, placent Kurt Veil et Brel en tête de leurs influences et éliminent les instruments électriques traditionnels pour les remplacer par un piano, une clarinette et un trombone. La batterie reste en place.


En restant conscients qu’au tout début des années 80 The Birthday Party avait déménagé à Berlin dans ce même but, celui de blanchir et de refroidir le blues, The Cesarians accouchent d'un premier titre aux ambiances Cabaret ; Marlene, redresse-toi donc un peu sur ton tabouret. Sur Fresh Is Grass, Finke se transforme immédiatement en crooner gominé et échappe vite aux ressemblances attendues et entendues avec Nick Cave pour aller plutôt lorgner du côté de Tod A et de son Firewater. Excellente intro, belle montée, mais... au sommet du lyrisme, on se souvient tout à coup d’une chose : si le rock’n’roll était né en Europe dans les années 30, il serait devenu... exactement ce qu’il est devenu, à savoir de la triste variétoche. Cette grandiloquence finale est à coup sûr à prendre au second degré, mais en fin de course j’aurais bien aimé penser à quelqu’un d’autre qu’à Serge Lama, for Christ’s sake !
Woman est très largement supérieur, magnifiquement soutenu, plus tendu, avec un Finke qui retrouve soudain toute sa classe et son niveau d’alcoolémie, qui hurle puis sussure et nous révèle qu’il aimerait bien “be a knife in the hands of a killer [...] be a girl, be a woman, have a brain and a question to chew on...” Musicalement, l’originalité est enfin au rendez-vous, les cuivres et un harmonicas ont pris le relais et l’abominable piano du premier titre a enfin été découpé à la hache.

Deux seuls morceaux sur ce cd ? Yep, c’est ce que l’on appelle un single, d’ailleurs l’intention principale est de les sortir adossés sur un 7”. J’imagine qu’un album est à suivre et s’il est dans la lignée de Woman, ça risque de claquer quelque chose de bien."

 

 

 

it cuts, it cuts and it grows